HONFLEUR AVANT HONFLEUR: PORTUS NIGER

 MYTHE OU REALITE ?

 

 
 

Depuis toujours on a considéré que l'histoire de Honfleur débutait réellement entre le X° et XI° siècle lorsque des Normands s'installèrent à l'embouchure de la Claire au pied de la colline que nous appelons aujourd'hui la Côte de Grâce. En fait, les aléas de la guerre de Cent Ans et des guerres de Religion, qui ont ravagé Honfleur à de nombreuses reprises, ont donné lieu à des pillages et des destructions telles que nombre d'archives précieuses ont disparu au point que nous n'avons que peu d'informations sur ce qui s'est passé chez nous avant le XV° siècle.

Qui plus est, la position géographique de Honfleur à l'entrée de l'estuaire, confronté ainsi à líérosion fluviale et maritimes, a eu pour conséquence la modification de la côte, l'éboulement de la falaise dont les éléments ont été emportés au large sous l'effet conjugué des 700 m3 seconde du débit de la Seine, le va-et-vient de la marée, sans compter le vent, les tempêtes et même le mascaretÝ!

Qui pourrait donc dire aujourdíhui avec précision à quoi pouvait ressembler la rive sud de l'estuaire entre la Pointe de la Roque à côté de Berville et le point ultime de la falaise de Grâce, il y a deux mille ansÝ?

Une chose est certaine, cette dernière représentait un éperon rocheux beaucoup plus proéminent qu'aujourd'hui, une position beaucoup plus avancée vers le nord en direction de l'autre rive, à concurrence de plusieurs centaines de mètres, et pour certains, au moins un kilomètre au large.

Il a existé au pied de cette colline disparue des installations humaines, à l'abri des vents d'ouest, dont il ne reste rien, le tout ayant été emporté par le courant.

Les archéologues restent sur leur faim et n'ont donc , à priori, rien à découvrir. Cependant certains prétendent que la Rue Haute, qui est en fait la plus basse de la ville d'aujourd'hui, risquerait de nous révéler des surprises si on était amené à creuser le sous-sol.

En effet cette rue, la plus proche de l'ancien rivage , recèle peut-être des constructions qui pourraient s'avérer être des vestiges de PORTUS NIGER.

Ce nom de PORTUS NIGER apparaît dans plusieurs écrits du XI° siècle dont l'authenticité est incontestable et qui ont servi de base à plusieurs études effectuées par des historiens du XIX° et début du XX° siècles.

P. THOMAS (1840), Claudius LAVERGNE (1864), CATHERINE (1865), DE VILLE DíAVRAY (1887), DORLANLO (1947) se sont penchés sur le passé gallo-romain de notre ville.

Nous n'avons pas cité les frères BREARD, les plus authentiques historiens de Honfleur, étant donné qu'ils n'ont pas, à notre connaissance, donné leur avis sur «Honfleur avant Honfleur», estimant sans doute qu'ils n'avaient pas les éléments nécessaires pour une étude sérieuse.

Ceux qui se sont manifestés aux travers d'opinions divergentes mais convaincus qu'ils étaient, nous donnent le loisir d'éclairer notre lanterne ou, à tout le moins, de nous obliger à nous poser des questions pertinentes.

Pierre THOMAS décrète que la rive sud de líestuaire était couverte de forêts sur les hauteurs et composée de marais inaccessibles entre la côte de Grâce d'aujourdíhui et la Pointe de la Roque à Berville.
A ses yeux, PORTUS NIGER est donc un mythe.

Claudius LAVERGNE , au contraire, laisse vagabonder son imagination et déclare sans hésitation que César, lui-même, síest embarqué à PORTUS NIGER lors de sa conquête de la Bretagne (La grande !)

CATHERINE démontre l'existence de PORTUS NIGER qui aurait été le port lexoviens, tribu gauloise à vocation maritime, et qui, à ce titre, naviguaient régulièrement entre nos côtes et celles de ce qui sera plus tard líAngleterre.
Les Romains, après la conquête de la Gaulle auraient utilisé PORTUS NIGER pour le commerce avec la Bretagne et le reste de l'Empire Romain qui faisait passer une partie du trafic dans les deux sens par la Seine, puis par portage par la Saône, le Rhône et la Mer Méditerranée...

DE VILLE DíAVRAY prétend quant à lui que NEOMAGUS (voir carte du géographe grec Ptolémée) serait devenu le NOVIOMAGUS, capitale des Lexoviens, laquelle était située, non pas dans les environs immédiats du Lisieux d'aujourd'hui (St Désir), mais bel et bien au pied de la colline que nous appellerons la Côte de Grâce...

DORLANLO, étudiant les voies routières anciennes entre Honfleur et Lisieux déclare lui que NOVIOMAGUS était bien là où on le situe aujourdíhui mais que PORTUS NIGER était effectivement le port díattache de la marine gauloise des Lexoviens.

CATHERINE et DORLANLO, dont les points de vue sont très proches, ne sont pas d'aimables farfelus et leurs conclusions ne sont pas à jeter aux orties.
Si nous pouvons prendre leurs propos et affirmations en considération, il semble que notre vieille ville a bel et bien existé avant le X° siècle et qu'ainsi on peut lui donner le double de son âge officiel à savoir deux mille ans.

Mythe ou réalitéÝ?

La notoriété d'Honfleur est telle aujourdíhui qu'elle n'a pas besoin d'enrichir son passé, qui est déjà exceptionnel, avec des suppositions jugées fantaisistes par certains. Cependant, pour tous les honfleurais passionnés par leur ville, nous pensons que cette éventualité historique ne les laissera pas indifférents, et mérite plus qu'un haussement d'épaule.

Merci à tous ceux qui possèdent d'éventuelles informations à ce sujet de bien vouloir contacter le signataire du présent article.
 
 

Dominique BOUGERIE
 

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