A Honfleur, on ne parle pas: On cause.
On utilise quelquefois l'argot, mais la plupart des expressions sont typiquement Honfleuraises.
Elles proviennent de la ville même, mais on les retrouve quelquefois de l'autre coté de l'eau: Au Havre, ou moins loin, à Trouville.
Un "parisien" de passage peut ne rien comprendre à une conversation entre Honfleurais : Il y a déjà le premier obstacle de l'accent qui est inimitable ici.
En admettant que ce premier obstacle soit franchi, il reste le problêmes des mots que l'académie française n'a pas encore reconnus.
Ce "parler" existe dans les milieux des pécheurs ou dans les milieux populaires. Entendre à la VHF les "péqueux" dicuter entre eux est un vrai régal.
 

Une tite histouère:

En descendant sous l'bachin j'ai r'trouvé mon kin étale par terre à la quart d'la rue du dauphin.
(en descendant sur les quais du vieux bassin j'ai retrouvé mon chien allongé par terre au coin de la rue du dauphin)
Il l'tait tellement maqué par les pouêts, qui fallait l'sortir avec une bérouette.
(Il était tellement mangé par les poux qu'il fallait le sortir avec une brouette)
J'avais bien essayé d'le balancer à l'iau, pour qu'y soit trempé nié et qu'les pouets calanchent, mais y'avait tellement mouc' qu'jarrivais pas à l'crocher.
(j'avais bien essayé de lemettre à l'eau pour le mouiller afin que les poux meurrent, mais il avait tellement de mouches que j'arrivais pas à l'attraper).
Vu la position du cabot j'm'ai douté qu'il avait dû se prendre une mandale dans la gueule: Il avait peut ét' ben tiré du pésson.
(Vu  la posture du chien, je me suis douté qu'il avait dû prendre un coup dans la gueule: Il avait peut-être volé du poisson.)
L'écrabouilleur m'l'avait prom'm'ner mort kat ou chin fois, mais à force de'bérailler et d'se mort ivrer, y pouvait bien faire parti du club des menteux de d'ssous l'quai.
(Le grand Yann me l'avait déja annoncé mort quatre ou cinq fois, mais à force de boire et de se rendre ivre, il faisait parti des menteurs.)
- "faut que j'te cause , qu'y m'fait ..."
(faut que je te parle, me dit-il)
-"Ton kin est raide étale... J'crois ben qu'cette fois c'est la bonne ..."
-"por ti kin ..." qu'j'y fais, " l'avait peu de rin... Y gambadait derière les vacs... Y sortait dehors pour monter en haut d'la rue haute comme de rin..."
vl'a ti pas que j'me mets à chialer d'vant mon kin !
à crère qu'mon kin était pas meurt: Y s'met à  branler d'la queue !

J'étais tellement heureux d'retrouver mon kin, qu'j'étais quitte à payer une tournée chez Bouche.
 

Boujou !
 
Une autre histoire vraie:
Histoire d'iau
une marée racontée par un péqueu d'Honfleu.
 

I faîchissait à Ratrets une heure après avoir passé la bouée blanche  y avait un vent à deux ris , le batiau prenait la mé de d’bout et y’avait bien deux mèt' chinquante de creux . Ca f'sait trois jours qu’i y’avait une furie d’norouêt et on pêquait que d’la pianteur . J’étais vidé comme un bulot ....
 
 j’aurais bien mis bas sous la bouée rouge mais y’avait des montagnes d’iau dans l’tit su’ .

 Mes pieds étaient niyés , j’avais au moins chinquante litres d’iau dans mes bottes . Ah ! la position !

 En plus , j’avais beau r’mette chent tours au moteur , j’avançais pas . Si j’avais mis d’la composition , j’irais plus vite qu' cha mais j’avais prévu d’ grimper à la cale qu’à la Pentecôte .

 I faisait rien frais pour un mois de Mai , i gelait à pierre fendre mais c’était quand même mieux que d’la brume à couper au coutiau , surtout que mon radar était à moitié escofié.

 Mon matelot avait fré aux gambes mais pas à l’estomac avec le rhum qu’i s’envoyaît , i démouillait pas ! Il était rôti tous les jours , il avait toujou l’ralet.
 Quand i m’ramontait chez nous avec son auto , i tirait toujou des bords . Il avait cassé son pare-chocs un jour qu’i battait en arrière su’l’parking des pêqueux , il avait pas vu une plancarte . I veillait à sa barre que quand i voyait le gyrophare de la police et alors , i faisait du Scott aux autos qui v’naient en face.
 
  Revenons à notre batiau .

 I l était temps de faire route . En passant devant l’reurt j’mets bas et j’remonte dix kilos de crevettes tout rique
. . . pas de la criblure . . .

 Tout d’un coup , mon matelot se met à brailler .

  “ Qui qu’y a aco li ? “ que j’dis .I s’était piqué l’tit dé avec une régache . Ah ! que cha comme erreur ! j’croyais qu’i s’était pris la gambe dans l’treuil  .

 Après l’pieu d’Pennedepie  , i nous restait bien une heure de route pour rentrer à Honfleu . Y’avait tellement d’mé qu’j’avais peu d’me retrouver à la cave avec ma chaloupe qu’était à moitié blêque .

 Enfin , en arrivant à la brèque sous une enclaircie , J’envoie un coup de bigorneau :

  “ Es tu pa là le SAS ? “

et dix minutes après , me v’là rentré . On croise deux yakmanes dans l’avant port .
“ I sont pas rien fos d’sorti par  un temps pareil , i sont pas arrivés au bas d’la route avec du norouêt , une marée d’quatre vingt-deux et des gouttes d’iau grosses comme des pièces de chent sous .”

  “ Ah ben oui ! boujou la déroulade . . . “

 Bon , i nous reste plus qu’à débarquer les crevettes , trois quatre mélans et des careignes .

 Après , j’vas m’déraler pour monter à la cale ; i faut que j’mette de la composition et vérifier mes bordés pasque l’aut’coup , la houache d’une vapeur m’a envoyé su la digue à la balise du milieu en aval de la bouée qui ferme un oeil.

 Bon ben , c’est bien . Me v’là parti , j’rentre chez nous si j’veux pas mâquer à la table qui r’cule . . .
 
 

                              BOUJOU